Question de métier
Reprendre un tableau qu’on n’a pas posé
La maison a été achetée avec son tableau, l’artisan qui l’a câblé n’est plus joignable, ou l’installation a vingt ans. Il faut pourtant y toucher : ajouter un circuit, remplacer un disjoncteur, retrouver ce que protège un fil numéroté. Voici ce qu’il faut savoir avant de poser un tournevis, et comment le reconstituer quand rien n’est écrit.
Ce qu’on trouve devant soi
Un tableau qu’on n’a pas posé se présente presque toujours de la même façon : des étiquettes absentes ou périmées, des repères écrits au marqueur sur le plastron, et des câbles qui portent un numéro sur une bague ou un bout de ruban. Trois informations sont à retrouver, et elles ne se valent pas :
- la filiation : quel appareil alimente quel autre, du disjoncteur de branchement jusqu’au circuit ;
- ce qu’une coupure emporte : ce qui s’éteint aussi quand on coupe la protection d’un circuit ;
- la correspondance entre un numéro de câble et son appareil : la question qu’on se pose le plus souvent, un fil à la main.
La filiation : qui alimente qui
Une installation domestique se lit de l’amont vers l’aval, en trois étages. En tête, le disjoncteur de branchement, posé par le distributeur : il coupe tout. Sous lui, un ou plusieurs interrupteurs différentiels, chacun protégeant un groupe de circuits contre les défauts d’isolement. Sous chaque différentiel, les disjoncteurs divisionnaires, un par circuit : l’éclairage d’une pièce, les prises d’une autre, le lave-vaisselle, le four.
La filiation d’un circuit est le chemin qui le relie à la tête. Sur le tableau qui sert de jeu d’essai à Mon Tableau Élec, le disjoncteur D3 (« Cuisine ») remonte ainsi :
| Repère | Rôle | Détail |
|---|---|---|
| DB | Disjoncteur de branchement | 3P+N · 10/30 A · 500 mA · S (sélectif) |
| I1 | Interrupteur différentiel | Général |
| D3 | Disjoncteur divisionnaire | Cuisine |
En une ligne : DB → I1 → D3. Trois maillons, c’est la profondeur ordinaire d’une maison. Un tableau divisionnaire dans le garage en ajoute un.
Cette chaîne ne se lit pas sur le plastron. Ce qu’on voit, c’est une rangée d’appareils côte à côte ; ce qui les relie est derrière, dans le peigne d’alimentation qui court sous les bornes. Un peigne part d’un différentiel et alimente tout ce qui le suit sur la rangée, jusqu’au différentiel suivant. C’est la règle la plus fréquente, et c’est elle qui permet de lire la filiation d’une rangée : tout ce qui est à droite d’un différentiel, jusqu’au prochain, est sous lui.
Pourquoi la connaître avant de toucher à un circuit
Parce que la protection d’un circuit n’est pas seulement son disjoncteur. Couper D3 met son circuit hors tension, mais l’appareil lui-même reste alimenté par l’amont : ses bornes d’entrée et le peigne qui le nourrit sont toujours sous tension. Pour travailler sur l’appareil, et pas seulement sur ce qu’il alimente, il faut remonter d’un cran.
Et parce qu’un tableau qu’on n’a pas posé réserve des surprises : un circuit raccordé sur le mauvais peigne, un départ ajouté après coup sur l’appareil qui avait une borne libre. La filiation qu’on croit lire et celle qui existe ne sont pas toujours les mêmes, et la seule façon de le savoir est de l’écrire, appareil par appareil.
La filiation ne s’arrête pas au bord d’un coffret : un disjoncteur du tableau divisionnaire alimenté par un différentiel du tableau principal se décrit exactement comme un disjoncteur posé à côté. La page sur le tableau à plusieurs coffrets explique comment, et ce qu’un renommage ou une suppression en fait.
Quoi couper avant d’intervenir
Cette page documente une installation, elle ne remplace ni un électricien ni les règles d’intervention. Le geste sûr tient en deux temps : couper la protection en amont de ce sur quoi on travaille, puis vérifier l’absence de tension avec un appareil prévu pour ça, avant de toucher un conducteur. Ce qui suit sert à savoir quoi couper, et ce que cette coupure emporte d’autre. Le reste appartient au métier.
La réponse à « quoi couper » se lit sur la chaîne de filiation, en remontant d’un maillon depuis le circuit visé. Pour intervenir sur ce qu’alimente D3, c’est D3. Pour intervenir sur D3 lui-même, c’est I1, le différentiel qui le protège. Pour intervenir sur I1, c’est le disjoncteur de branchement.
La fratrie : ce que la coupure emporte d’autre
Couper un différentiel ne coupe pas un circuit, il en coupe un groupe. Les circuits qui partagent le même amont forment ce qu’on appelle ici une fratrie, et c’est elle qu’il faut connaître avant de baisser la manette : pour ne pas éteindre le congélateur en voulant changer un interrupteur.
Sur le tableau d’essai, I1 protège 11 départs. Couper I1 pour intervenir sur D3 éteint donc aussi ses 10 frères : D2 (« Cuisine · Cube · Lustres Entrée »), D4 (« Lave vaisselle »), D5 (« Séchoir »), et les autres. Voici ce que chaque différentiel de ce tableau emporte :
| Différentiel | Libellé | Phase | Départs protégés |
|---|---|---|---|
| I1 | Général | Ph 1 | 11 |
| I2 | sans libellé | Ph 3 | 12 |
| I3 | sans libellé | Ph 2 | 9 |
| I4 | sans libellé | Ph 3 | 6 |
| I5 | sans libellé | Ph 1 | 5 |
5 différentiels, 43 départs sous eux. 4 des 5 n’ont aucun libellé : c’est l’état ordinaire d’un tableau qu’on reprend, et c’est précisément ce que la fratrie remplace. On ne sait pas ce que « I2 » veut dire, mais on sait ce qui est dessous.
La colonne « Phase » compte en triphasé : sur ce tableau, les circuits d’un différentiel sont tous sur sa phase. En monophasé elle ne dit rien.
Retrouver un appareil depuis un numéro de câble
Un câble bien posé porte un repère de câblage : un numéro écrit sur une bague ou un ruban, identique aux deux bouts. C’est la seule chose qui relie physiquement un fil dans une boîte de dérivation à l’appareil qui le protège dans le tableau, et c’est la question la plus fréquente sur un tableau qu’on n’a pas posé : « ce fil marqué 82, il vient d’où ? ».
La difficulté est que le numéro n’est pas écrit partout de la même façon. Le logiciel de conception qui a produit le tableau écrit 082 sur trois chiffres ; l’électricien a écrit 82 sur la bague ; et le repère de l’appareil, lui, est D30, qui ne ressemble à rien de tout ça. Une recherche qui exigerait la forme exacte serait inutile devant le tableau.
Voici ce que rend la recherche de Mon Tableau Élec sur le tableau d’essai, pour quatre requêtes tapées telles qu’on les a sous les yeux :
| Requête | Trouvé | Par | Libellé |
|---|---|---|---|
| 82 | D30 | le code câble | Salon · Bureau 1 · Bureau 2 |
| 082 | D30 | le code câble | Salon · Bureau 1 · Bureau 2 |
| D30 | D30 | le repère | Salon · Bureau 1 · Bureau 2 |
| lave | D4, D35 | le libellé | Lave vaisselle ; Lave Linge |
« 82 » et « 082 » trouvent le même appareil : un numéro se cherche tel qu’il est écrit sur le fil, zéro de tête ou non. Un mot de libellé remonte tout ce qui le contient, et le motif dit par quel champ chaque résultat a été trouvé.
Ce que la recherche ne montre jamais
Les obturateurs. Un tableau qu’on reprend a des trous bouchés par des caches de plastron, et Mon Tableau Élec les décrit comme des modules, puisqu’ils occupent une place. Ils portent un repère interne, jamais affiché ni imprimé, et la recherche ne les remonte pas : un cache n’a ni câble, ni libellé, ni amont.
Reconstituer la filiation quand rien n’est écrit
Trois cas, du plus confortable au plus fréquent.
- Un fichier d’un générateur d’étiquettes existe. L’artisan l’a laissé, ou le renvoie sur demande. Les repères, les libellés et les codes câble y sont ; la filiation, souvent, s’y trouve aussi. C’est le cas où l’on ne ressaisit rien.
- Les étiquettes sont là, la filiation non. On relève les repères et les libellés tels quels, puis on lit chaque rangée de gauche à droite : un différentiel, puis ses départs jusqu’au suivant. Le peigne, tableau ouvert et hors tension, confirme ou infirme la lecture.
- Rien n’est écrit. On numérote soi-même, dans l’ordre de lecture, et on identifie chaque circuit en le coupant, un par un, en notant ce qui s’éteint. C’est long, et c’est la raison de tout documenter une fois pour ne jamais le refaire.
Dans les trois cas, la donnée à garder est la même : pour chaque appareil, son repère, son libellé, ses codes câble et son amont. Quatre champs ; tout le reste, la planche d’étiquettes comprise, se déduit.
Ce que Mon Tableau Élec en fait
L’onglet « Filiation » du panneau de droite montre, pour l’appareil sélectionné, sa chaîne d’alimentation depuis le disjoncteur de branchement, ses codes câble, sa phase, l’appareil qui le protège, et sa fratrie, chaque frère cliquable. C’est la réponse à « quoi couper » et à « qu’est-ce que ça emporte ».
La vue « Schéma » montre l’arbre de distribution entier : la tête, les différentiels dessous, les départs sous chacun, repliables, avec le nombre d’appareils en aval de chaque nœud. Ce n’est pas un schéma au sens de la norme, qui demande des symboles, des calibres et des sections que le modèle ne porte pas encore. Elle signale un amont qui n’existe pas et une chaîne qui boucle sur elle-même, deux défauts qu’une donnée reprise à la main produit volontiers.
La recherche, en haut de l’éditeur, cherche d’un seul champ par repère, par libellé et par code câble, et marque les résultats sur le tableau lui-même.
À l’import d’un fichier d’échange, la filiation arrive telle que le fichier la porte, quand il la porte : l’amont de chaque appareil est repris tel quel. C’est une donnée à relire, pas une certitude : elle se corrige appareil par appareil dans le champ « Protégé par » du panneau d’édition, et chaque correction s’annule d’un Ctrl+Z. Tout s’enregistre dans le format natif de l’application, qui garde l’amont de chaque appareil.
Ouvrir l’applicationGratuit, sans compte, rien à installer. La filiation se lit dans le panneau de droite, onglet « Filiation ».